Le Monde des Livres’ beautiful review of Hoda Barakat’s “The kingdom of this earth”

3 May 2015 279 views No Comment Email This Post Email This Post Print This Post Print This Post

TheKingdom_FRThis article by Catherine Simon, was published in French, by Le Monde des Livres
September 2012

What follows is an approximate translation into English.

 

A historical novel, then? A parody rather. The stories told here are full of errors, as childhood memories and village gossip usually are. This is one of the strokes of genius of this kaleidoscopic book, an almost ethnological dive of a writer among her people: everything is truthful, nothing is quite true. It was nice to come across the shadows of Mussolini and Petain, President Chamoun or that of General de Gaulle, but they remain quite blurred – merely chronological landmarks. The only faces that are clearly distinguished in close-ups, are those of the villagers: peasants, monks and nuns (Italian), Najibé the teacher, the young Khalil who “gets drunk on arak” and “insults the Virgin”, Martha, who dreams of marrying a French officer, the Schéhadé uncle gone to Egypt after a movie star, the cousin Hanna, a nobody who ends up marrying the daughter of a arms dealer … The only stories we hear, it’s theirs: minuscule, monstrous, sometimes luminous, but most often harsh and gray, like the stones of Mount Lebanon.


Selma and Tannous recount these stories, the daughter and son of Mouzawaq – a mountaineer with a divine voice, whose tragic death serves as a prologue to the book. They take turns in the narration, unfolding the course of their life and the life of the village as with an antique carpet. Through the ridiculous yet terribly violent wars with the neighbouring Maronite village,the General explosion that will engulf Lebanon in the mid-1970s can be glimpsed: “I tried to go up the fracture “summarizes Hoda Barakat.

 

COLLECTIVE CAULDRON

… In The Kingdom of this earth, there is of course the brotherly duo, Selma and Tannous. The first deploys all his energy to ward off bad luck that threatens the family; the second, a singer with an amazing voice, like his father, was forced to flee Lebanon, hiding a moment in Aleppo, where he will, with the Syrians, these strange foreigners, come of age both as a man and an artist.

But it is the collective cauldron of the village is the main character of the novel, its engine – and its fatum; in this case, the very closed community of Maronite Christians, from where Hoda Barakat is. She draws a cruel yet tender portrait, without compromise. “Instead of the Maronites, we could have put Iraqi Kurds or Shiites of southern Lebanon – all these micro-worlds work the same way,” … “This book has been in my head for a long time, she said. I knew I had to grow old in order to write it, that is to say, acquiring the right distance.”

…Reinventing classical Arabic, with which she plays as a virtuoso, the novelist succeeds into enriching it with local peculiarities, adding here the Syriac accent, grafting there words from the “Arabic of the Lebanese mountains”, as the word “snow” for example, does not exist in classical Arabic. Novelist, but also a playwright, Hoda Barakat signs, with The Kingdom of this earth, one of the most radical works of her pioneering carreer.

 

 

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Original below.

D’abord, à cause de la neige, on pense à Bruegel l’Ancien, avec ses villageois qui dansent dans la campagne blanche. Ou à La Légende de Gösta Berling, de la romancière suédoise Selma Lagerlöf. Un conte d’hiver, oui : Le Royaume de cette terre, cinquième roman traduit en français de l’écrivain de langue arabe Hoda Barakat, en a l’allure classique, presque surannée. Sauf que nous sommes au Liban, dans les hautes montagnes des chrétiens maronites ; le récit démarre dans les années 1920, à l’époque du Mandat français, et s’achève au milieu des années 1970, à l’orée de la guerre civile.

Un roman historique, alors ? Une parodie plutôt : les histoires ici racontées sont truffées d’erreurs, comme le sont les souvenirs d’enfance et les médisances de village. C’est l’un des coups de génie de ce livre protéiforme, plongée quasi ethnologique d’un écrivain parmi les siens : tout y est véridique, rien n’est tout à fait vrai. On a beau croiser les ombres de Pétain et de Mussolini, celles du président Chamoun ou du général de Gaulle, elles restent floues – simples repères chronologiques. Les seuls visages qu’on distingue, nets et nus, en gros plan, sont ceux des villageois : les paysans, les moines et les nonnes (italiennes), l’institutrice Najibé, le jeune Khalil qui “se soûle à l’arak” et “insulte la Vierge”, Martha, qui rêve d’épouser un officier français, l’oncle Schéhadé, parti en Egypte retrouver une starlette, le cousin Hanna, un moins que rien, qui finit par se marier avec la fille d’un marchand d’armes… Les seules histoires qu’on entend, ce sont les leurs : minuscules, monstrueuses, quelquefois lumineuses, mais le plus souvent dures et grises, comme les pierres du Mont-Liban.

Pour les raconter, Selma et Tannous, fille et fils de Mouzawaq – montagnard à la voix divine, dont la mort tragique sert de prologue au livre -, se relaient, déroulant le cours de leur vie et de celle du village comme on le fait de tapis anciens. Dans les guerres picrocholines qui opposent, avec une violence folle, tel village maronite à tel autre, se devinent, arrivant à grands pas, l’explosion générale qui va embraser le Liban au milieu des années 1970. “J’ai essayé de remonter la faille”, résume Hoda Barakat, qui a elle-même quitté Beyrouth et les bombes, ses enfants sous le bras, en 1989.

CHAUDRON COLLECTIF

A Paris, elle habite un immeuble modeste de la rue… des Partants. “Mes personnages sont plus ancrés que moi”, nous avait-elle confié, il y a onze ans (Le Monde du 21 septembre 2001), après que son troisième roman, Le Laboureur des eaux, lauréat du prix Naguib Mahfouz en 2000, avait été traduit en français (chez Actes Sud, comme tous ses livres). Jusqu’alors, les romans de Hoda Barakat se focalisaient sur un individu ou sur des couples d’individus : Khalil, le jeune homosexuel de La Pierre du rire (1996), le duo déchiré des Illuminés (1999), Nicolas, l’ermite beyrouthin du Laboureur des eaux (2001) ou Wadî, l’amoureux (d’un autre homme) de Mon maître, mon amour (2007).

Dans Le Royaume de cette terre, il y a bien sûr le tandem fraternel de Selma et Tannous. La première déploie toute son énergie pour conjurer le mauvais sort qui menace la famille ; le second, chanteur à la voix extraordinaire, comme son père, est contraint de fuir le Liban, se réfugiant un moment à Alep, où il fera, auprès des Syriens, ces étranges étrangers, son apprentissage d’homme et d’artiste.

Mais c’est le chaudron collectif du village qui est le personnage principal du roman, son moteur – et son fatum ; en l’occurrence, la communauté très fermée des chrétiens maronites, dont Hoda Barakat est issue. Elle en fait un portrait cruel et tendre à la fois, sans concession. “C’est du faux collectif : au lieu des maronites, on aurait pu mettre des Kurdes d’Irak ou des chiites du Liban sud – tous ces micro-mondes fonctionnent de la même manière”, explique la romancière en nous recevant de nouveau dans son appartement de Ménilmontant. “Ce livre est dans ma tête depuis longtemps, ajoute-t-elle. Je savais qu’il me fallait vieillir pour pouvoir l’écrire, c’est-à-dire acquérir la bonne distance.”

Née en 1952, cette amoureuse de Proust, de Musil et des poètes arabes des IXe et Xe siècles a entendu, petite, sa mère “lire le Coran à la maison”, dans leur village du Mont-Liban, prenant ainsi le contre-pied des préjugés antimusulmans de l’époque. Mais la langue arabe de Hoda Barakat n’est pas, précisément, celle – sacrée – du Coran : elle n’y reste pas enfermée. Réinventant l’arabe classique, dont elle joue en virtuose, la romancière a su l’enrichir des particularités locales, ajoutant ici l’accent syriaque, greffant là des mots de “l’arabe des montagnes” libanaises, le mot “neige”, par exemple, n’existant pas en arabe classique. Auteur de romans, mais aussi de pièces de théâtre, Hoda Barakat signe, avec Le Royaume de cette terre, l’un des textes les plus radicaux de son oeuvre pionnière.

Le Royaume de cette terre (Malakoutou hadhihi l’ard), d’Hoda Barakat, traduit de l’arabe (Liban) par Antoine Jockey, Actes Sud.

Catherine Simon

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