Syria’s Inferno – in Le Nouvel Observateur, by Samar Yazbek

18 September 2013 205 views No Comment Email This Post Email This Post Print This Post Print This Post

Published by “le Nouvel Observateur“.
Translated by Rania Samara
September 15th, 2013

A la frontière nord de la Syrie, à l’entrée du camp d’Atma, j’ai dû contourner le grand jeune homme blond à la jambe amputée qui se tenait en face de moi. Il dissimulait son orgueil et son amertume pendant qu’en marchant sa moitié de jambe battait l’air. Je me suis glissée dans la longue file de gens qui attendaient. La vue des gosses estropiés et des femmes qui portaient des bébés braillant et sanglotant rendait moins bouleversante la silhouette de ce jeune homme qui s’est fondu au milieu de tous ces corps mutilés.

Le soleil ardent donnait l’impression que cette foule fuyant la mort vers la Turquie était aux portes de l’enfer : des enfants au visage brûlé, des êtres humains à qui manquait un bras ou une jambe. Et, partout, des relents de pourriture, des plaies purulentes, mal soignées par manque de médicaments.

Nous sommes entrés après maintes difficultés dans le camp. Sous la lumière crue, les enfants avaient l’air de statues d’argile délabrées. Les tentes s’alignaient, et, tout autour, de l’eau fétide coulait dans les caniveaux. L’atmosphère était étouffante. Les réfugiés avaient presque tous l’air absents, ils semblaient en attente de quelque chose.

Un barrage du groupe de l’Etat islamique en Irak et au Levant nous a retenus pendant quelque temps. La majorité de ses membres ne sont pas des Syriens et, en général, ils ne sont pas aimés de la population. Impénétrables, ils refusent de rencontrer des journalistes. Dernièrement ils en ont même arrêté plusieurs, ainsi que des militants civils.

Le 20 juillet, jour de bombardement de Saraqeb, je me préparais avec quelques femmes à aller rencontrer des veuves de martyrs, pour monter avec elles de petits projets qui leur permettraient d’être financièrement indépendantes. A peine étions-nous prêtes que les déflagrations ont commencé. En jetant un coup d’œil par la fenêtre, j’ai vu un immense nuage de fumée couvrir le ciel. Les femmes autour de moi criaient, les mains posées sur les oreilles, elles les levaient ensuite pour lancer leurs suppliques au ciel. Trois tonneaux ont été lâchés successivement. L’avertissement que les combattants envoyaient à la population par radio nous était bien parvenu, mais il n’était d’aucune utilité dans l’abri sous la maison.

Les barils, remplis de barres métalliques, de dynamite et de TNT, sont reliés à une mèche puis jetés des hélicoptères sur les habitations de manière arbitraire.

Il est impossible de leur échapper, car ils creusent un immense cratère là où ils tombent. Nous attendions la mort, elle fait partie intégrante de l’existence des habitants. Chaque personne sous le ciel de Syrie est exposée à la mort à chaque instant. Les gens ne cessaient de rechercher les cadavres de leurs enfants disparus, ils étaient constamment à l’affût des nouvelles de leurs proches prisonniers et, après chaque bombardement, ils se répandaient dans les décombres en quête des corps.

Une immense haine rugissait dans le ciel

Quelques minutes plus tard, un deuxième raid a été déclenché, les cris des enfants se sont élevés. Les mères portaient leurs bébés et couraient, les enfants plus âgés bondissaient derrière elles. Le vrombissement de l’avion semblait très proche, les voitures démarraient à la hâte. Au bout de la rue, un homme détalait avec sa petite fille évanouie dans les bras, suivi par son épouse.

Les habitants quittaient leurs maisons et s’enfuyaient en direction des champs. Tandis que nous restions terrés à la maison, tournant en rond comme des proies qui gardaient encore un souffle de vie. Les yeux fermés, je serrais très fort la main de l’une des femmes. Un peu plus tard, le MiG s’est éloigné, les enfants s’agitaient sur nos genoux, entre nos jambes. Un avion s’est fait entendre de nouveau. Un appareil surgissait sitôt qu’un autre disparaissait, on aurait dit qu’une immense haine rugissait dans le ciel.

Les barils de dynamite, encore une fois, tombaient et explosaient autour de nous alors que nous étions sortis et avions pris la voiture. Celui qui était juste au-dessus de nos têtes a explosé dans l’air. A croire qu’une fausse appréciation de la distance ou une mèche trop courte m’ont épargnée et m’ont donné la chance d’être encore en vie jusqu’à cette minute. Après avoir mis la famille en sûreté, je suis rentrée avec les jeunes militants civils afin d’évaluer les dégâts survenus dans les maisons et les hôpitaux.

La destruction était effarante

Devant le bureau de presse, nous avons rejoint deux journalistes étrangers, dont le courageux photographe polonais Marcin Suder, enlevé plus tard par le groupe de l’Etat islamique en Irak et au Levant, qui a nié son forfait. Or j’étais présente quand ils ont surgi dans ce bureau, tirant des coups de feu, frappant les jeunes, emportant ordinateurs, argent, caméras. Je suis en mesure d’affirmer que c’est bien eux qui ont kidnappé Marcin. Cela s’est produit quelques jours après le grand bombardement. Un MiG est arrivé, lançant ses bombes, transformant le ciel et la terre en un gigantesque brasier.

Marcin ne s’est pas enfui, il se tenait sous l’avion et prenait des photos. J’essayais de le tirer par le bras pour l’éloigner. Nous sommes descendus dans l’abri, puis, soudain, je me suis rappelé que la cave ne pouvait nous protéger des explosifs jetés par barriques entières et je ne voulais pas mourir sous les décombres. Nous sommes sortis de nouveau. L’avion a laissé tomber ses bombes.

La destruction était effarante. Il n’y a eu ce jour-là que six victimes, car la population avait quitté la ville massivement. Les bombardements étaient concentrés sur le marché de Saraqeb et sur les quartiers résidentiels. Cet intense pilonnage, qui se faisait avec toutes sortes d’engins de mort, a touché presque toute la région d’Idlib : Ma’arret al-Numan, Kafranbel, Djebel Zaouia. En fait, l’aviation ne visait pas les sites des bataillons armés comme le prétendait le régime.

Tout au long du mois de ramadan, les tirs se sont intensifiés à l’heure de la rupture du jeûne, alors que les gens se mettaient à table. C’était provoquer leurs sentiments religieux. Les hôpitaux même étaient frappés, régulièrement et intentionnellement. Dans celui de Saraqeb, alors que nous rendions visite à un enfant touché par une bombe à fragmentation, nous avons constaté que le corps médical était parti. Un seul médecin était resté, désemparé, paniqué, ne sachant comment assurer les soins à lui tout seul, sans matériel ni assistance.

A Hich, ville fantôme entièrement détruite

Il en allait autrement sur le front, les combattants de toutes les divisions se sentaient impliqués dans la guerre jusqu’à la mort. Mourir pour Dieu était leur unique façon de résister, car ils avaient le sentiment d’avoir été abandonnés par le monde entier, d’être isolés, à la merci d’une machine militaire dévastatrice. Nous sommes arrivés à Hich, ville fantôme entièrement détruite, les maisons étaient recouvertes de terre, de débris. Les immenses cratères donnaient à penser que les entrailles de la terre étaient remontées à la surface.

Nous nous trouvions à quelque 700 mètres seulement de l’armée du régime, des francs-tireurs étaient positionnés des deux côtés de la ligne de front et échangeaient des tirs de temps à autre. J’étais en compagnie du commandant, qui m’a fait écouter à la radio une conversation en langue étrangère, en persan, pour me convaincre que des Iraniens se battaient aux côtés du régime.

J’ai eu de longues conversations avec les jeunes combattants, qui avaient moins de 25 ans et qui avant la révolution étaient des ouvriers ou des étudiants. Ils ont répété ce que d’autres insurgés m’avaient déjà dit : que la révolution était pacifique à ses débuts, qu’ils voulaient vivre en paix, dans la sécurité et la dignité, qu’ils ont sorti les armes pour défendre leurs villes et villages contre les excès des services de sécurité et de l’armée régulière, que les choses ont changé quand ils ont été pris pour cible par l’aviation.

Ils avaient la gorge nouée en parlant des massacres qui s’étaient succédé et qui avaient emporté leurs familles et leurs maisons. J’étais secouée. Tant de vies bradées et tant d’horreurs pour avoir seulement rêvé d’un destin plus équitable ! Leurs yeux étincelaient lorsqu’ils affirmaient vouloir lutter contre Assad, jusqu’au bout. La pièce dans laquelle je les ai rencontrés ne contenait qu’une natte, trois coussins et leurs armes qui ne les quittaient jamais. En sortant, ils se sont arrangés pour nous ménager un passage sûr, loin des yeux des tireurs d’élite du régime.

Réfugiés dans des sépultures romaines

La désolation régnait, les familles vivaient sous les arbres. Non loin du village historique de Serjilla, dans la région d’Idlib, plusieurs familles, avec un grand nombre d’enfants, avaient trouvé refuge, comme aux temps préhistoriques, dans les sépultures romaines et les grottes de troglodytes. Les femmes ont raconté qu’elles n’avaient quelquefois que de l’herbe pour nourrir leur progéniture et que, l’hiver dernier, elles ont sacrifié les oliviers pour se chauffer. Les enfants, dont certains avaient une jambe ou un bras amputés, n’avaient pas besoin de parler, leurs regards durs et brisés en disaient long sur leur douleur.

Je suis en enfer. Je me dis que je devrais écrire un texte qui décrirait les cercles de l’enfer comme l’avait fait Dante. Comment pourrais-je décrire ce cauchemar ? Comment décrire la profondeur de cette souffrance ? Comment garder en tête cette douleur et ces horreurs criminelles et poursuivre normalement ma vie ? En a-t-il été toujours ainsi ? L’humanité a-t-elle toujours vécu comme un vampire qui se nourrit du sang des uns et des autres ? Combien de cercles mettrai-je dans mon livre ? Atteindront-ils le centre de la terre ? Comment les humains pourront-ils poursuivre dehors leur vie normale alors que nous tombons, en silence, comme des papillons ?

J’ai rencontré de nombreuses factions de l’Armée syrienne libre et des brigades islamistes. Ces dernières, dont l’image a été amplifiée par les médias occidentaux, sont devenues un vrai problème pour les combattants de l’ASL qui estiment que le meilleur moyen d’en venir à bout serait la chute rapide de Bachar al-Assad, qui leur permettrait de les combattre. Selon les nombreux témoignages que j’ai recueillis auprès des combattants, les soldats de l’ASL se démènent pour libérer le pays, alors que le Front Al-Nosra et les autres groupes djihadistes s’empressent de venir s’installer dans les régions libérées.

“Comment dormir sans l’avoir décemment enterrée ?”

Alors que nous avancions sous les tirs, Mohamad, un étudiant en économie à l’université qui avait rejoint la lutte pour venir en aide à la population civile, m’a dit : “Je ne quitterai pas Saraqeb, que ferai-je ailleurs, comment abandonner les gens pour lesquels nous nous sommes révoltés ?” Il se déplaçait d’un endroit à l’autre pour photographier les victimes, archiver les preuves des atrocités et secourir les blessés. Par ailleurs, il collaborait avec moi pour la mise en place des projets de développement civils.

A l’instar de nombreux jeunes révoltés en Syrie, il savait bien qu’il n’avait aucune chance d’en réchapper, à cause des bombardements incessants de l’aviation d’Assad, du manque de subsides pour les groupes civils et pour les bataillons modérés et de la montée en puissance des bataillons djihadistes. A tous, leur seul espoir était de voir le régime subir un assaut militaire décisif.

Des jeunes qui tombaient comme des gouttes de pluie, dormant leur dernier sommeil sous les décombres, frappés chacun à leur tour par les missiles de Bachar al-Assad, laissant des mères en sanglots et des amoureuses dépérissant dans l’attente. Ils s’enterraient les uns après les autres et continuaient à se battre. J’étais en leur compagnie pendant qu’ils cherchaient le corps d’une fillette de 4 ans sous les débris de sa maison. Ils n’ont pu trouver que sa main. J’ai dit à l’un d’eux : “Rentrons.” Il m’a répondu : “Comment dormir sans l’avoir décemment enterrée ?” Un peu plus tard, un hélicoptère a lâché d’autres tonneaux, faisant de nouvelles victimes. Encore des jeunes. Il a fallu se mettre à chercher aussi leurs corps !

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