Interview with Rania Samara

12 November 2007 334 views No Comment Email This Post Email This Post Print This Post Print This Post

(in the Belles Etrangeres 2007 press file)

In French, 3 questions to Rania Samara, Professor of literature, Paris III translator Lebanese/French


En quoi la littérature libanaise se différencie-t-elle des autres littératures arabes ?

Depuis la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle, la renaissance arabe, la Nahda, le Liban a été à la pointe de la littérature et de la pensée arabes grâce à la fondation à Beyrouth d’universités, de maisons d’éditions, de revues et de nombreux journaux qui ont constitué ainsi un phare pour la diffusion d’une culture arabe riche, originale et libre.

La littérature libanaise s’est toujours distinguée par une grande liberté d’esprit qui puisait à la fois dans le patrimoine arabe classique et profitait d’une grande ouverture sur les cultures du monde. Le milieu culturel libanais a toujours été un foyer de libre expression au sein du monde arabe, et de nombreux écrivains qui ne trouvaient pas un terrain aussi libre dans les autres pays arabes sont venus se faire entendre et publier à Beyrouth. C’est ainsi, par exemple, que de nombreux écrivains et penseurs, venus d’Egypte, d’Irak, de Palestine, de Syrie ou d’ailleurs, se sont installés définitivement ou pour des périodes plus ou moins longues au Liban et qu’ils y ont vu s’épanouir leur talent littéraire.

Plus près de nous, depuis une quinzaine d’années, la guerre civile libanaise a constitué une période charnière qui a permis aux écrivains libanais d’acquérir une conscience très forte de leur existence et de celle de leurs concitoyens.

C’est ainsi que Beyrouth est devenu un espace fertile pour le roman libanais contemporain. Raconter l’histoire de cette guerre est devenu un élément important et fort du roman libanais moderne, l’Histoire ayant été transformée en instant romanesque de prédilection. Les stations historiques et les événements ont formé le cadre général que l’un ou l’autre écrivain avait tout loisir de meubler avec force récits et détails et qu’il pouvait étoffer avec une imagination romanesque qui lui était propre. En chaque romancier, le chroniqueur et le romancier se complétaient pour fixer un moment difficile de l’histoire du pays par le biais du discours romanesque. Chacun avec ses caractéristiques, les romanciers tels que Houda Barakat, Najwa Barakat, Hanan el-Cheikh, Rachid al-Da’if, Hassan Daoud, Imane Humaydane-Younes, Elias Khoury, Alawiya Sobh et tant d’autres, ont réussi à modeler la scène romanesque libanaise aujourd’hui, celle qui constitue un bel exemple de réussite littéraire pour l’ensemble de la littérature arabe contemporaine.


Quelles sont les principales difficultés que posent la traduction de l’arabe libanais ?

Il s’agit de la traduction arabe / français en général, le libanais dialectal intervenant seulement lorsqu’il s’agit de dialogues et de langue parlée entre les protagonistes d’un roman.

Les difficultés résident surtout dans la distinction et la mise en évidence de cette langue parlée. Quelle langue parlée faudrait-il adopter en français ? Celle de l’argot parisien ou du français régional de Provence ou d’ailleurs ? Comment mettre l’accent sur un parler égyptien, libanais, syrien ou palestinien ? J’ai dû souvent opter pour un arabe parlé, c’est-à-dire oral, sans coloration régionale spécifique, pour ne pas surcharger la traduction de connotations autres que celles de l’original et pour sauvegarder la pérennité d’une œuvre, loin d’une langue populaire qui risque de se démoder avec le temps.

Les jeux de mots, l’humour, les expressions idiomatiques et les allusions culturelles constituent aussi quelques-unes des difficultés majeures auxquelles je dois faire face constamment lors de mes traductions de l’arabe vers le français. Comment introduire de manière subtile et efficace dans la traduction de Comme si elle dormait par exemple, ces nombreuses citations extraites de la poésie arabe classique qu’affectionne particulièrement l’auteur et qui sont inhérentes à son bagage culturel quotidien et cela, sans risquer de lasser le lecteur francophone qui ne jouit pas du même arrière-plan culturel et littéraire ?

La difficulté majeure reste quand même la transposition des temps verbaux de l’arabe en français. En arabe, il n’existe qu’un seul temps du passé, le mâdi, ou le passé révolu, que l’on peut nuancer en usant de quelques adverbes, tandis qu’en français, il y a cinq temps du passé dont l’usage est très précis. Aussi, la correspondance entre les temps verbaux de l’arabe en français est à la fois ardue et subtile.

Cette difficulté est multipliée dans la traduction d’Elias Khoury qui a l’art de fondre ensemble un récit du passé, avec la réalité présente et la projection dans le futur. Cette technique a atteint son point culminant (du moins je l’espère !) dans son dernier roman Comme si elle dormait, où l’héroïne, visionnaire et rêveuse, vit son passé et son avenir sur le même plan, imbriqué dans son vécu qui se mêle intimement à ses rêves obsessionnels et à ses fantasmes. J’ai dû effectuer d’abord un travail de compréhension en profondeur, de dénotation et de mise en espace de la chronologie linéaire des événements afin de déblayer le terrain de point de vue logique, avant de pouvoir reconstruire l’œuvre romanesque en français. En effet, une grande part de la traduction réside dans la compréhension subtile de l’œuvre et cette partie m’a pris presque autant de temps que la reconstitution effective de l’œuvre en français.

Malgré toutes ces difficultés, que je perçois toujours comme des moments privilégiés de recherche et de créativité, il me faudrait ajouter que les trois traductions que j’ai déjà achevées d’Elias Khoury ont représenté pour moi des moments de grand défi intellectuel. Elles m’ont apporté un plaisir vertigineux en me contraignant quelquefois à une rude gymnastique mentale, très enrichissante. Par ailleurs, elles m’ont fourni de nombreux exemples pour mon travail d’universitaire de formation de traducteurs. Le lecteur francophone ne percevra que le résultat final de ce processus et c’est lui qui jugera, à la réception, si j’ai réussi à lui transmettre cette œuvre importante de la littérature moderne libanaise et arabe dans toute sa beauté et sa complexité.

Le Liban, en quoi ce pays vous inspire-t-il ?

Quand je pense au Liban, c’est toujours avec une note d’amour et d’admiration ; partant des civilisations les plus anciennes et les plus glorieuses qui se sont fondées sur les bords de la Méditerranée, jusqu’au charme de la nature qui a offert aux peuples de la région un cadre de vie idyllique permettant d’engendrer ce que l’humanité possède de plus élevé et de plus précieux.

La modernité arabe n’aurait pas de sens sans le Liban qui a apporté son écot comme l’un des plus beaux fleurons de l’expérience arabe. Et aujourd’hui, malgré toutes les épreuves dramatiques que ce pays a traversé, nous le voyons renaitre de ses cendres grâce aux forces vives qui l’animent. Ses artistes, ses poètes, ses penseurs, ses musiciens et ses romanciers continueront à porter la flamme de la culture arabe partout où ils se trouvent, au Liban comme dans le vaste monde.

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